mercredi 8 janvier 2014

Quelles mesures pour sauver le cinéma français ?

Un an après la tribune très commentée du producteur et distributeur de films Vincent Maraval sur les salaires des acteurs français et le système de financement de notre cinéma, les choses commencent à bouger avec les 50 propositions de René Bonnell, fin connaisseur du milieu cinématographique français, ancien dirigeant de Gaumont et ancien patron du cinéma de Canal+. Si le pavé de Maraval avait fait grand bruit et suscité de nombreuses critiques, le rapport que René Bonnell remet aujourd'hui au gouvernement, à l'occasion des Assises du cinéma, risque fort de faire grincer des dents. Un rapport qui tombe à point nommé avec une baisse de plus de 5% des entrées dans les salles en 2013 et le constat d'une rentabilité des films toujours moins assurée, notamment pour les très gros budgets.

Le point qui a le plus cristallisé les humeurs dans le constat de Vincent Maraval était le salaire de certains acteurs, dont certains pouvaient atteindre des niveaux sans commune mesure avec le potentiel commercial du film, plombant non seulement le budget mais aussi le taux de rentabilité. Si René Bonnell refuse de parler d'une réglementation législative, il préconise de "favoriser la baisse des cachets excessifs des vedettes (interprètes, réalisateurs et scénaristes), en incitant au partage du risque commercial par un intéressement calculé, par exemple, sur  les entrées en salles et les chiffres d'affaires sur les autres supports de diffusion". Dans le même ordre d'idée, il propose "d'encadrer voire interdire la pratique des à-valoir sur intéressement des talents au résultat des films".
Autre point sensible, celui du financement de la production, notamment celui des chaînes des télévision, souvent accusées de participer à l'inflation des cachets de certains acteurs "bankable". Il propose de "redessiner les obligations des chaînes de télévision, et notamment asseoir les obligations des chaînes en clair sur le chiffre d'affaires de leur groupe et non plus seulement chaîne par chaîne". Pour assurer une plus grand pluralité des investissements des chaînes historiques comme TF1, Canal+, France télévisions, René Bonnell propose notamment d'instituer une obligation d'intervention dans un certain nombre de premiers ou deuxièmes films.
Assouplir la chronologie des médias
La chronologie des médias est aussi dans la ligne de mire du rapport Bonnell. Comme le préconise le rapport Lescure sur le numérique ou le
CSA, René Bonnell recommande un assouplissement  mais pas en ce qui concerne la fenêtre d'exclusivité en salle de quatre mois actuellement en vigueur. Pierre Lescure et le gendarme de l'audiovisuel proposait de réduire d'un mois cette fenêtre. En revanche, il propose d'assouplir la réglementation par la suite après ces quatre mois notamment pour les films qui n'ont pas été préfinancés qui pourrait obtenir une plus grande liberté contractuelle pour l'exploitation en VOD ou par une chaîne de télévision. Même proposition pour la SVOD, vidéo à la demande et par abonnement dont le délai pourrait être ramené à 18 mois contre 36 mois actuellement. Concernant la vidéo dans son ensemble, physique et à la demande, il recommande d'abaisser le taux de TVA de 20% à 10% afin de relancer l'offre légale par des prix plus attractifs.

S'il recommande de ne pas toucher aux quatre mois d'exclusivité pour la sortie dans les cinémas, René Bonnell propose néanmoins d'en finir avec le dogme de la sortie obligatoire en salle pour bénéficier des fonds publics. Il dresse le constat que une grande majorité des films ne sont pas exploités "normalement", une exploitation rendue compliquée par le nombre de sorties chaque semaine, douze en moyenne, voire plus. Le rapporteur invite à ouvrir le débat de la sortie directe des films en vidéo mais estime lui-même que les esprits ne sont pas encore "mûrs", notamment du côté des réalisateurs.

L'avenir du cinéma français est, selon René Bonnell, "hypothéqué". Le système de financement que nous connaissons depuis le milieu du siècle dernier assure une certaine vigueur à l'économie cinématographique, avec un nombre de production en constante croissance, mais génère paradoxalement  des effets pervers auxquels il convient de remédier. Alors que les nouvelles technologies viennent bousculer les modes de diffusion classiques, il est devenu urgent d'agir dans les différents domaines évoqués. L'heure de la remise en question a sonné mais il n'est pas certain que le milieu du cinéma, conscient qu'il faut changer le système en profondeur mais tiraillé par chacun de ses composants, s'entende pour aller de l'avant.
 

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